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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 17:14
Résister pour survivre

A lire ...

Résister pour survivre – Charles Palant de Éric Simard


Prix : 9,95 €

Militant des Droits de l’homme et contre tous les racismes, Charles Palant est né dans le quartier de Belleville, à Paris, en 1922. Sous la plume d’Éric Simard, il nous raconte le parcours de sa vie. Apprenti maroquinier, il devient délégué syndical à 14 ans lors des mouvements ouvriers de 1936. Pendant l’occupation allemande, sa famille et lui sont menacés en raison de leurs origines juives. À 20 ans, il est arrêté à Lyon pour ses activités de résistant, puis envoyé dans les camps de Drancy avant d’être déporté avec sa mère et sa sœur à Auschwitz. La « marche de la mort » le conduira en janvier 1945 au camp de Buchenwald. Charles Palant n’a jamais cessé de s’opposer à la tyrannie et à l’avilissement des hommes. Il survivra au prix d’une incroyable volonté… À 92 ans, il continue de transmettre d’espoir, de vigilance et de combat pour la dignité.

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 14:31

Entre biographie et mémoires, Charles Palant choisit bien sûr la seconde forme : pas question de parler de sa vie sans témoigner de son époque. Au fond, son vécu n’est que l’alibi pour parler de la grande histoire et de ses virages les plus sévères. Je l’ai d’ailleurs compris très vite, témoigner de l’extermination des Juifs n’est pas uniquement, pour Charles Palant, raconter les années de déportation. Procéder ainsi confinerait au voyeurisme. Rendre compte de la réalité de la Shoa, c’est la remettre dans une perspective historique qui évite de la considérer comme le point culminant de la dramatique histoire des Juifs. La Shoa n’est pas la preuve de la malédiction d’un peuple, mais l’un des instruments du plan expansionniste d’un régime fasciste s’appuyant sur des thèses racistes.

C’est ce crime et les circonstances qui l’ont autorisé, et pas seulement le drame et les douleurs, qu’il ne faut pas oublier.

Je crois au matin, pages 31et 32

extrait de l’introduction

de K. Mauvilly-Graton

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 14:23

Au cours d’un débat dans un lycée, une élève de classe terminale interroge Charles Palant ;

"Etiez-vous croyant avant d’être déporté ? Avez-vous rencontré Dieu dans les camps ?..."

 

Ch. P. : « Je crois fermement à l’au-delà. Si je ne croyais pas aussi fermement à l’au-delà, je n’aurais probablement pas le courage, ni la force de venir devant vous pour arracher à mon passé douloureux les souvenirs qui sont les miens. L’au-delà auquel je crois, c’est vous, les garçons et les filles d’aujourd’hui, vous, les hommes et les femmes de demain qui devrez - sans distinction de chapelle - élargir et prolonger les pistes que vos prédécesseurs ont ouvertes vers plus de justice, plus de liberté, plus de tolérance entre les hommes, plus d’amitié entre les peuples ».

Je crois au matin, pages 283 et 390

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 15:49

Ma dernière rencontre avec Stéphane Hessel date du 10 décembre 2012, jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée à Paris en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Madame Taubira, garde des sceaux, avait invité la Commission nationale consultative des droits de l’homme au ministère de la Justice, place Vendôme. La ministre allait remettre le Prix des Droits de l’homme de la République française à cinq lauréats étrangers désignés par la CNCDH pour le bon combat qu’ils mènent, non sans périls parfois, dans leurs pays respectifs.

 

Stéphane Hessel, que nous savions fatigué, était là, élégant, souriant répondant avec sa coutumière gentillesse aux salutations de chacun. Nous étions tombés dans les bras l’un de l’autre. N’étions nous pas lui et moi deux rescapés de Buchenwald, de surcroit nonagénaires.

 

Dans cette belle assemblée où les invités se tenaient debout, les huissiers nous avancèrent deux confortables fauteuils! Madame Taubira nous cita élogieusement dans son discours d’accueil. On nous fit la fête. A Stéphane Hessel surtout. Mais à moi aussi. Questions, réponses, et bons mots fusaient dans la bonne humeur générale.

 

Stéphane Hessel avait apporté son soutien au MRAP dès les premières années du Mouvement. Plus tard j’ai voisiné avec lui à la Commission des droits de l’homme. C’était un bonheur d’entendre ses interventions toujours lumineuses et écoutées respectueusement par tous.

 

Je lui avais soumis le manuscrit de mon ouvrage Je crois au matin. Je lui demandais quelques lignes de préface. Avant une semaine l’ambassadeur de France m’adressa les trois pages si belles qui honorent mon livre. J’en extrais ces lignes : Charles Palant, de cinq ans mon cadet, est un camarade dont je me sens très proche, comme moi Français et de parents étrangers, comme moi juif sans avoir absorbé une culture qui nous aurait enfermés, comme moi horrifié par la montée du fascisme en contradiction avec notre attachement indéfectible à la justice et à la liberté. Il a comme moi été arrêté, déporté, réduit en esclavage et il a vu triompher autour de lui la brutalité et la mort.

 

Stéphane Hessel est mort. Le départ de ce grand citoyen du monde, engagé dans tant de justes combats, a été ressentie partout avec émotion dans l’opinion publique, y compris par ceux qui ne partageaient toutes ses options. Solennels, émouvants les hommages sont venus de tous les bords*.

 

Adieu Stéphane Hessel, cher grand ami.

Charles Palant

18 mars 2013

*De tous les bords? Non. Car il s’est trouvé quelques personnages dérisoires et mesquins pour tenter « d’ excommunier » Stéphane Hessel. Tout comme en 1656 la synagogue d’Amsterdam avait excommunié Baruch Spinoza qui avait énoncé le précepte : ne pas pleurer, ne pas s’indigner, comprendre! Décidément les ayatollahs sont de tous les siècles et de tous cultes. Ch. P.

 


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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 12:33

REDIFFUSION

 

Au plateau des Glières le discours de Charles Palant a tellement ému la foule que l'émission "Là-bas si j'y suis " du 14 et 15 mai 2013 sera re-diffusée mercredi 1er et jeudi 2 Janvier 2014 à 15H.

 

Nous comptons sur vous !

 


Couverture1 Livre

 

 

 

 

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 15:08
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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 14:51

 

 

Le Patriote Résistant 2012 à bâtons rompus avec… CHARLES PALANT

photo mur des noms

 

 

Le 27 mai dernier sur le Plateau des Glières (Haute-Savoie), des résistants et déportés ont de nouveau fait résonner leurs voix particulières lors du rassemblement annuel des « citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui ». Après Walter Bassan et Serge Wourgaft, c’est Charles Palant qui a prononcé une allocution très émouvante et fortement applaudie. Président-fondateur du MRAP qu’il dirigea pendant plus de deux décennies, homme engagé dans les combats de son temps, Charles Palant, malgré les épreuves, n’a jamais cessé de « croire au matin », nous a-t-il assuré lors d’un entretien réalisé peu après la manifestation des Glières. 

A la suite d’autres résistants et déportés, vous avez pris la parole le 27 mai devant plusieurs milliers de « citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui ». Qu’avez-vous ressenti face à cette foule rassemblée dans ce haut lieu de la mémoire nationale qu’est le plateau des Glières ?

Je dois d’abord dire que je suis honoré d’avoir été invité à prendre la parole là où, les années précédentes, se sont exprimés Stéphane Hessel et Raymond Aubrac. La liste des orateurs qui m’entourait m’a impressionné. Des camarades déportés ont parlé de la Résistance et de la Déportation.

 

 

D’autres personnes ont décrit leurs engagements actuels, pour garder un hôpital ou une salle de classe menacés de fermeture, pour soutenir les grévistes de l’usine de pneus Continental, etc. Il était extrêmement émouvant de se retrouver au matin de ce 27 mai sur ce plateau dominé par le magnifique et immense monument qui perpétue la mémoire des combats des Glières et de ceux qui y sont tombés. J’ai été de même ému par la présence de ces milliers de personnes de tous âges, hommes, femmes et enfants, réunis dans une ambiance et une chaleur incroyables.

 

Qu’est-ce qui les unissait, à votre avis ?

La nécessité ressentie par tous d’opposer une résistance aux difficultés politiques, économiques, sociales ou culturelles actuelles. De résister pour ne pas laisser aller à vau-l’eau notre « civilisation », empêcher le détricotage progressif du programme du Conseil national de la Résistance, ce qui constitue un recul et qui défait l’œuvre des résistants de tous bords et opinions qui avaient réussi à construire ensemble, à un moment où se posait la question de notre avenir après la Libération. La Résistance ne se proposait pas de rendre le pays à ceux qui l’avaient conduit au malheur. La Résistance, sans l’espérance d’un mieux vivre, n’avait aucun sens. C’est ce trésor historique  qu’on sent se désagréger ces dernières années et je crois que les personnes rassemblées aux Glières en ont conscience. Elles sont aussi venues se ressourcer, comme on dit, et respirer ce que fut la Résistance en un lieu où hélas les sacrifices ont été grands.

C’est pourquoi j’ai conclu mon intervention sur cette phrase :  « Que nous disent les héros que nous sommes venus honorer ? Ils nous  disent « Nous ne sommes pas morts, nous vivons en vous qui poursuivez nos luttes pour l’émancipation humaine ». Je crois que c’est cela qui a touché les gens, ils se sont reconnus dans cette conclusion. Et quand j’ai lancé : « Soyons fiers d’être des hommes », j’ai vu des personnes pleurer. J’ai eu la gorge serrée.

 

Que pensez-vous leur avoir apporté, vous qui avez été déporté à Auschwitz et à Buchenwald ?

Les résistants et déportés apportent leur vécu et pas seulement les séquences les plus tragiques. Pour moi, le témoignage du déporté ne commence pas avec le jour de l’arrestation pour s’achever le jour de la libération, il doit s’inscrire dans une perspective, celle de la vie de militants. Je veux faire comprendre qu’il y avait une continuité dans l’engagement, une résistance avant la Résistance -  avec les associations de solidarité, les avancées dans la vie syndicale, etc. – que la résistance a continué après l’occupation et la guerre, dans d’autres conditions évidement et qu’elle se poursuit aujourd’hui. Je veux aussi montrer que les résistants étaient des hommes et des femmes comme les autres. A côté des combattants militaires minoritaires, il y eut l’immense majorité de ceux qui aspiraient à la liberté, refusant par divers moyens l’inacceptable, la descente aux enfers vers laquelle nous poussaient le fascisme, le nazisme, le racisme, la mise en esclavage, Sans eux, la Résistance n’aurait pas été ce qu’elle fut.

 

Vous avez acquis très jeune une conscience politique. Aux Glières, vous avez dit que les mots avec lesquels vous avez « appris à parler »,ceux que vous entendiez autour de la table familiale étaient « patrons, classe ouvrière, métier, droits, salaires, grève, monde à refaire … »

Oui, nous étions une famille de militants, à commencer par mon père, jeune anarchiste qui avait fui la misère et les pogroms de Pologne, et qui était devenu à Paris un militant syndical. Mais très jeune aussi j’ai entendu les mots cruels du racisme, les enfants répétant dans la cour de récréation de l’école communale ce qui se disait à la maison. Cela ne s’oublie pas non plus. Quand j’ai dû quitter l’école après le certificat d’études pour devenir ouvrier maroquinier, j’étais, à 15 ans, déjà habité par des pensées ouvrières, par l’espoir de gagner mieux et de connaître moins de difficultés que mes parents. Finalement j’ai eu la révélation de ce qui a engagé ma vie quand j’ai atterri  à Buna-Monowitz, kommando d’Auschwitz. Là, 40.000 esclaves venus de toute l’Europe occupée travaillaient pour le géant allemand de la chimie, IG. Farbenindustrie à la construction d’un complexe destiné à la production de l’essence et du caoutchouc synthétiques. Outre IG. Farben, il y avait les enseignes de toutes les grandes firmes allemandes de la construction, de l’électromécanique, des cimenteries, des transports… l’équivalent de nos « 200 familles » ! A l’époque était pour l’essentiel producteur de richesses qui étaient confisquées par les privilégiés, aujourd’hui le capitalisme est financier… Beaucoup voient encore dans le nazisme une espèce de tsunami, Hitler serait descendu du ciel. Non ! Hitler a été l’instrument d’un système expansionniste qu’il a prolongé en terrorisant son peuple et les peuples occupés. Par conséquent, il faut toujours démonter les systèmes politiques et économiques et voir comment se font les choses.

 

Le racisme que vous avez connu dés l’enfance se voit « officialiser » en 1940 avec l’adoption par le gouvernement de Vichy d’un « Statut des Juifs », un coup terrible…

Tous les principes de 1789 et des droits de l’homme ont été envoyés au diable par Vichy, ces principes de liberté, d’égalité et de fraternité qui étaient inscrits dans notre chair. Nous avons connu les premières mesures de persécution, les arrestations, la clandestinité dans laquelle on nous enfonçait bien malgré nous…et nous avons également connu les premières solidarités. Je me souviens d’un tenancier de café dans notre quartier de Belleville qui avait une solide réputation d’antisémite. Un jour il me prit à part et me montra une porte au fond du café par laquelle je pourrais m’échapper si les Allemands m’embêtaient. « Dis-le aussi à tes copains, c’est quand même pas les Boches qui vont toucher à mes youpins » s’écria-t-il ! Il était antisémite mais ne pouvait accepter qu’on s’en prenne à nous. C’est cela qui fait le tissu humain et nous devons sans cesse aller à la découverte de ce qui subsiste d’humain dans l’inhumain.

 

Des manifestations d’humanité, vous en avez aussi trouvé à Auschwitz, à Buchenwald, vous les décrivez dans vos témoignages ainsi que dans votre livre Je crois au matin, paru en 2009 ()

Dans mon livre je mentionne même des échanges avec des SS et je le fais à dessein, afin de rendre à nos bourreaux leur dimension humaine. C’est en tant qu’humains qu’ils sont responsables de ce qu’ils ont accompli. Si nous les déclassons comme des monstres, nous exonérons le genre humain de la responsabilité portée par chaque individu à son niveau. En ce qui concerne les détenus, nous avons su dés le premier soir en prison, dés la première baraque dans laquelle nous avons été enfermés à qui se fier et de qui se méfier. A Buchenwald, c’est sur les communistes que l’on pouvait compter. Au lendemain de la libération du camp, j’ai adhéré sur place au parti communiste. Parce qu’après tout ce que j’avais vu et vécu dans l’univers concentrationnaire, avec tout ce que je portais en moi de deuils, celui de mes proches et de tant d’autres morts sous mes yeux, j’avais besoin d’une force décisive. Pour moi les communistes représentaient les gens les plus désintéressés et les plus engagés, ceux sur lesquels on pouvait compter. Le camarade qui a pris mon adhésion ne m’a pas parlé de révolution, non, il m’a dit : « Nous sommes engagés par le programme du Conseil national de la Résistance, il y a le pays à relever, il y a la paix à construire ». Il ne promettait pas d’aller planter le drapeau rouge sur la Tour Eiffel ! C’est ainsi que l’esprit de responsabilité politique a continué de m’habiter. Comme je l’ai dit dans mon discours des Glières, les cellules psychologiques, qui sont aujourd’hui offertes aux rescapés des catastrophes de la vie, étaient alors celles de nos engagements dans les partis et mouvements conquérants et prometteurs… Aux « résistants d’aujourd’hui » rencontrés aux Glières je n’ai rien dit qui soit irresponsable ou illusoire, je n’ai pas donné de leçon. J’ai essayé d’éclairer ce que nous avons vécu et le pourquoi des évènements.

A eux de jouer maintenant !

 

PROPOS RECUEILLIS PAR IRENE MICHINE

() paru aux éditions Le Manuscrit/Fondation pour la Mémoire de la Shoah (428 p. – 29,90€)

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 15:29

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 14:07

Discours de Charles Palant au rassemblement

« Résistants d’hier et d’aujourd’hui »

Thorens-Glières – 26/27 Mai 2012.

 

 

 

Mesdames, Messieurs,

 

Né au début des années vingt du siècle dernier, j’ai grandi à Paris dans le quartier populaire de Belleville où vivaient alors des immigrés nombreux. Ils venaient offrir leurs bras à la reconstruction de la France « victorieuse » mais restée exsangue, en ruines et veuve d’un million et demi de jeunes hommes tombés dans les tranchés de la première guerre mondiale.

Mes parents, venaient de Pologne fuyant misère et pogroms. Tout jeune militant anarchiste, mon père avait connu la prison de la répression tsariste. A Paris il prit part à l’activité syndicale encore marquée par la tradition libertaire.

Autour de la table familiale on discutait souvent monde du travail, patrons, classe ouvrière, métier, droits, salaires, grève…, et du monde à refaire…

Ce sont les mots avec lesquels j’ai appris à parler.

Chaque année, d’abord sur ses épaules puis à ses côtés, mon père m’emmenait au Cimetière du Père-Lachaise où devant le Mur des Fédérés l’on commémorait les fusillés de la Commune de Paris.

C’est sans doute dans ces cortèges que j’ai appris à mieux marcher.

En 1933, mon père est mort à quarante-quatre ans d’une maladie qu’à cette époque on ne savait pas guérir.

Cette année-là, en Allemagne, Adolf Hitler devint chancelier du Reich.

A l’école communale nous étions quarante élèves par classe. Les fortes minorités d’enfants d’immigrés n’ont jamais été un obstacle à l’avancement de tous. Les noms des premiers de la classe étaient souvent difficiles à prononcer. Mes matières préférées étaient la grammaire, l’orthographe,  surtout l’histoire. J’ai appris que dans mon pays « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Chaque matin, sur le tableau noir, écrite à la craie blanche nous lisions, une phrase dite de morale. Par exemple : «  On a souvent besoin d’un plus petit que soi » J’étais petit. Cela me gonflait d’importance.

L’objectif de chaque élève était d’obtenir le Certificat d’Etudes Primaires, l’unique diplôme des enfants du peuple. J’ai eu mon certif, comme on disait, en 1934.

Cette année-là, en France, communistes et socialistes, et d’autres, repoussèrent la tentative des factieux d’imposer dans notre pays un régime semblable à celui de l’Italie fasciste sinon à celui de l’Allemagne nazie.

En 1935, la vie était trop dure à la maison. J’ai du quitter l’école. La classe où désormais j’apprendrais sera la classe ouvrière : je suis devenu ouvrier maroquinier.

Cette année-là, les Partis communiste et socialiste ont signé un pacte d’unité d’action. L’année suivante, élargi au parti radical, le pacte est devenu le Front Populaire pour le Pain, la Liberté et la Paix.

Au printemps de 1936, le Front Populaire, remporta les élections législatives. De puissantes grèves éclatèrent conclues par les accords de Matignon. La semaine de travail fut ramenée à 40 heures. Les salaires ont été considérablement augmentés. Deux semaines de congés payées étaient accordées aux salariés. Dans les entreprises on pouvait maintenant élire librement des délégués syndicaux.  Je suis devenu délégué. J’avais quinze ans.

Cette année-là, en Espagne trois généraux félons, Franco, Molla, Queipo de Llano ont trahi la République. Avec l’aide de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie ils ont martyrisé le peuple espagnol et imposé la dictature franquiste pour quarante ans.

De la non-intervention en Espagne aux « accords » de Munich, le cycle des lâches abandons face à Hitler s’est achevé. La guerre est déclarée en septembre 1939. En mai/juin 1940, en quelques semaines, les armées allemandes ont envahi l’Europe. Vaincu, notre pays est occupé. Dans la fiction d’une zone dite libre s’est installé à Vichy le gouvernement qui aussitôt congédie la République,abolie les libertés publiques, édicte le Statut des Juifs contre lesquels il commettra l’irréparable, et ouvre une cruelle et impitoyable chasse aux résistants… Ce pouvoir de la collaboration avec l’Allemagne est celui de la revanche sur la Révolution française et les Droits de l’Homme.

En juin 1941, Hitler lance ses armées contre l’URSS. En novembre, le Japon, l’autre fascisme, attaque les Etats-Unis à Pearl Harbour. En février 1943, la défaite allemande à Stalingrad marque le tournant de la guerre. En été 1943, l’Italie fasciste s’effondre.

 

Cette année-là, à Lyon, le 17 août1943, la police allemande à laquelle j’ai été dénoncé, vient m’arrêter. Découvrant notre judéité, la Gestapo arrête aussi ma mère et ma jeune sœur. Après six semaines de détention au Fort Montluc nous sommes transférés à Drancy et quelques jours, plus tard déportés à Auschwitz dans le 60ème convoi de mille Juifs livrés à la solution finale.

Libéré à Buchenwald, le 11 avril 1945 je suis revenu, seul de ma famille, à Paris le 29 avril,. Ce dimanche-là, avaient lieu les premières élections municipales, cinq mois seulement après la libération du territoire national. Le suffrage universel est inséparable de la liberté. En outre, était enfin reconnu aux Françaises - la meilleure moitié de notre peuple - le droit de voter et d’être élues.

J’avais 23 ans. Je pesais 40 kilos. Dans la rue, des gens manifestaient de la sympathie aux rescapés des camps. D’autres, nous abordaient avec des photos dans les mains : « Avez-vous connu ?... » Comment dire la vérité ? Comment ne pas dire la vérité ? A qui dire la vérité ? De quelques uns il convenait de ménager l’espoir mais de beaucoup d’autres, tout à l’euphorie de la fin du cauchemar, il était souvent difficile d’affronter la fuyante indifférence.

La vie était à reconstruire. Il fallait si possible rétablir sa santé, récupérer des forces, bientôt apprendre ou reprendre un métier pour gagner sa vie. Retrouver le goût des choses et, pourquoi pas, rencontrer l’amour. Un monde nouveau était à bâtir, plus juste, plus libre, plus fraternel entre les hommes, apaisé entre les peuples. Un monde, bien sûr, sans racisme. Comment tenir pour inférieurs ceux d’une autre couleur, d’une autre culture, d’un autre continent alors que cinquante peuples et nations étaient venus combattre et ensemble terrasser le monstre nazi. Comment être antisémite après Auschwitz ?

Les cellules psychologiques, aujourd’hui offertes aux rescapés des catastrophes de la vie, étaient alors celles de nos engagements dans les partis et mouvements conquérants et prometteurs de toutes les aspirations au bonheur. Mon engagement militant tenait à la fidélité au serment que je fis à la mémoire des miens et de tant d’autres engloutis dans les camps du génocide nazi.

J’ai consacré ma vie à la dénonciation et au combat contre le racisme, contre tous les racismes, le racisme obtus des imbéciles, celui coriace des méchants, le racisme intéressé de ceux qui en font leur fond de commerce politique ou électoral pour détourner, aujourd’hui sur les immigrés, comme naguère et toujours sur les Juifs, les angoisses et la colère de trop de nos contemporains que l’injustice sociale accable, le racisme des fanatisés qui s’en viennent jusque dans la cour de leur école assassiner des enfants.

 

Mesdames, Messieurs,

 

C’est un grand honneur pour moi de prendre ici la parole, parmi les prestigieux orateurs qui m’entourent. Ici, où avant nous s’était exprimé Raymond Aubrac que j’ai eu le privilège de rencontrer peu de jours avant sa mort. Ici où, avec le bonheur que l’on sait, Stéphane Hessel nous disait que le levier de la résistance, c’est l’indignation. Je remercie pour son invitation l’association Citoyens Résistants d’hier et d’aujourd’hui qui organise ce rassemblement si imposant et magnifique. De même je vous remercie, chers amis, présents si nombreux pour votre indulgente attention.

 

Résistants d’hier, résistants d’aujourd’hui. Devant le Monument qui perpétue le souvenir des combats du Plateau des Glières, que nous disent les héros dont nous sommes venus honorer la mémoire ? Ils nous disent « Nous ne sommes pas morts, nous vivons en vous qui poursuivez nos luttes pour l’émancipation humaine.

 

Un homme, disait Maxime Gorki, ça sonne fier. Soyons fiers d’être des hommes ! Bonheur et longue vie à tous.

Charles PALANT

Plateau des Glières – 27 mai 2012

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 14:11

Dimanche 27 mai 2012, sur le plateau des Glières, à partir de 10 H 30, grand rassemblement à l'appel de l'association Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui

 

« Paroles de résistance » avec les résistants Serge WOURGAFT, Charles PALANT et les résistants d’aujourd’hui : Xavier MATHIEU des Conti, Isabelle DELEON, de Pôle emploi Toulouse, Marc VUILLEMOT, maire de la Seyne sur mer qui résiste à la fermeture de la maternité de la Seyne, un militant de RESF…

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