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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 15:49

Ma dernière rencontre avec Stéphane Hessel date du 10 décembre 2012, jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée à Paris en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Madame Taubira, garde des sceaux, avait invité la Commission nationale consultative des droits de l’homme au ministère de la Justice, place Vendôme. La ministre allait remettre le Prix des Droits de l’homme de la République française à cinq lauréats étrangers désignés par la CNCDH pour le bon combat qu’ils mènent, non sans périls parfois, dans leurs pays respectifs.

 

Stéphane Hessel, que nous savions fatigué, était là, élégant, souriant répondant avec sa coutumière gentillesse aux salutations de chacun. Nous étions tombés dans les bras l’un de l’autre. N’étions nous pas lui et moi deux rescapés de Buchenwald, de surcroit nonagénaires.

 

Dans cette belle assemblée où les invités se tenaient debout, les huissiers nous avancèrent deux confortables fauteuils! Madame Taubira nous cita élogieusement dans son discours d’accueil. On nous fit la fête. A Stéphane Hessel surtout. Mais à moi aussi. Questions, réponses, et bons mots fusaient dans la bonne humeur générale.

 

Stéphane Hessel avait apporté son soutien au MRAP dès les premières années du Mouvement. Plus tard j’ai voisiné avec lui à la Commission des droits de l’homme. C’était un bonheur d’entendre ses interventions toujours lumineuses et écoutées respectueusement par tous.

 

Je lui avais soumis le manuscrit de mon ouvrage Je crois au matin. Je lui demandais quelques lignes de préface. Avant une semaine l’ambassadeur de France m’adressa les trois pages si belles qui honorent mon livre. J’en extrais ces lignes : Charles Palant, de cinq ans mon cadet, est un camarade dont je me sens très proche, comme moi Français et de parents étrangers, comme moi juif sans avoir absorbé une culture qui nous aurait enfermés, comme moi horrifié par la montée du fascisme en contradiction avec notre attachement indéfectible à la justice et à la liberté. Il a comme moi été arrêté, déporté, réduit en esclavage et il a vu triompher autour de lui la brutalité et la mort.

 

Stéphane Hessel est mort. Le départ de ce grand citoyen du monde, engagé dans tant de justes combats, a été ressentie partout avec émotion dans l’opinion publique, y compris par ceux qui ne partageaient toutes ses options. Solennels, émouvants les hommages sont venus de tous les bords*.

 

Adieu Stéphane Hessel, cher grand ami.

Charles Palant

18 mars 2013

*De tous les bords? Non. Car il s’est trouvé quelques personnages dérisoires et mesquins pour tenter « d’ excommunier » Stéphane Hessel. Tout comme en 1656 la synagogue d’Amsterdam avait excommunié Baruch Spinoza qui avait énoncé le précepte : ne pas pleurer, ne pas s’indigner, comprendre! Décidément les ayatollahs sont de tous les siècles et de tous cultes. Ch. P.

 


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Published by Charles Palant - dans Textes
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